Chaque 9 décembre de l’année, les Etats se mobilisent pour faire le point sur l’état de la corruption dans le monde. Cette commémoration est une occasion pour dénoncer la corruption qui demeure l’un des principaux freins au développement et à la stabilité des pays. En effet, depuis 2003, la journée mondiale de lutte contre la corruption constitue un moment de réflexion et de mobilisation collective. Au Burkina Faso, cette lutte n’est pas qu’une simple posture morale, elle est un engagement à endiguer ce fléau qui plombe le développement du pays. Mieux, elle s’inscrit dans une vision stratégique où la transparence et la bonne gouvernance doivent être au cœur de la mise en œuvre des projets et programmes de développement. En rejoignant dès 2008 l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), le Burkina Faso s’est résolument engagé sur la voie d’une gestion transparente et responsable de ses ressources naturelles.
Un secteur extractif sous contrôle
L’adhésion du Burkina Faso à l’ITIE a profondément transformé la gouvernance du secteur minier et des industries extractives. C’est ainsi que la culture de la reddition de comptes et la publication des flux financiers sont désormais institutionnalisées pour faire du secteur minier, un levier de développement au profit des populations. Avec une note globale de 75,5 sur 100 lors de la validation de 2023, le pays affiche un niveau d’intégration remarquable de l’ITIE dans ses pratiques administratives. Les retombées économiques des industries extractives sont tangibles et perceptibles. Selon le rapport ITIE 2024, la production d’or s’est établie à 60,77 tonnes, pour 64,15 tonnes exportées. Le secteur extractif contribue désormais à hauteur de 15,1 % au PIB national et représente près de 70 % des exportations. Sur les 635,58 milliards FCFA de paiements générés par l’industrie extractive en 2024, 612,21 milliards ont été reversés au budget de l’État. Ces données, librement accessibles au public, traduisent la volonté d’assurer une traçabilité complète des revenus miniers et d’en faire un moteur de développement plutôt qu’une source d’injustice ou de tensions sociales.
De grandes réformes au cœur du dispositif anticorruption
L’un des tournants majeurs dans la stratégie nationale de lutte contre la corruption a été la mise en œuvre de réformes structurelles visant à limiter l’opacité dans la gestion des ressources issues du secteur extractif. Le Registre Électronique des Bénéficiaires Effectifs (RBE), aujourd’hui opérationnel, constitue un instrument clé de cette transparence tant recherchée. A cet effet, il oblige les sociétés minières à déclarer leurs propriétaires réels, réduisant ainsi l’usage de sociétés-écrans et les éventuels conflits d’intérêts. D’après le rapport ITIE 2024, plus de 80 % des entreprises concernées ont déjà fourni ces informations. Toute chose qui constitue un signal fort de l’engagement du secteur à battre en brèche certaines pratiques qui constituent le lit de la corruption dans le secteur extractif.
Traquer les flux financiers illicites pour freiner la corruption
La corruption, faut-il le rappeler, ne se limite pas aux transactions officielles. Conscient de cet état de fait, l’ITIE Burkina Faso a commandité une étude nationale sur les Flux Financiers Illicites (FFI), couvrant la période 2012–2021 pour déceler les dysfonctionnements qui minent le secteur minier. Les conclusions de cette étude révèlent que la fraude liée à la commercialisation de l’or représente la principale source de pertes, évaluées à 4,9 milliards de dollars US. Entre 2015 et 2021, ces montants ont concerné, en moyenne, 120 % des recettes minières formelles. Le transfert de ces flux financiers illicites est facilité par un contrôle insuffisant et la prépondérance du secteur minier informel. Ces mauvaises pratiques profitent souvent à des circuits financiers transitant par la Suisse, la Côte d’Ivoire ou encore l’Afrique du Sud. En réponse à cette situation peu reluisante, les autorités ont renforcé la coordination entre la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP) et la Direction Générale des Impôts, afin d’améliorer la traçabilité physique et fiscale de l’or et de réduire progressivement les marges de fraude.
Une institution engagée au service de la transparence
L’impact de l’ITIE s’étend bien au-delà du seul secteur minier, en raison des réformes engagées pour assainir l’ensemble du secteur. L’opérationnalisation et la modernisation du cadastre minier électronique ont facilité l’accessibilité du public aux informations sur les contrats miniers et la publication des paiements infranationaux, contribuant ainsi à apaiser les tensions sociales. Quant au Fonds Minier de Développement (FMD), il bénéficie également d’une meilleure gouvernance, garantissant ainsi une redistribution plus équitable des ressources aux collectivités locales.
Le Burkina Faso est par ailleurs pionnier dans la divulgation des émissions de gaz à effet de serre et des coûts environnementaux liés à l’exploitation minière. Ces avancées ont contribué à renforcer la confiance entre l’État, les entreprises et la société civile, tout en consolidant la crédibilité du pays auprès des partenaires internationaux, notamment le Groupe d’Action Financière (GAFI), pour ses efforts dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Une culture de la transparence renforcée
L’expérience du Burkina Faso montre à souhait que la transparence et la bonne gouvernance sont des leviers essentiels pour lutter contre la corruption dans le secteur extractif. En érigeant l’ITIE-Burkina Faso en acteur clé de l’amélioration de la gouvernance et de la gestion des revenus, le pays renforce la crédibilité de ses réformes et maximise les retombées économiques. C’est à ce prix que les richesses du sous-sol pourront véritablement profiter aux citoyens et contribuer à un développement durable et inclusif du Burkina Faso.
DICP SP-ITIE

Ajouter Un Commentaire